Centre International de Psychosomatique

jeudi 13 décembre 2018
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Autour de l'allergie - Sylvie Cady

Sylvie CADY

 

AUTOUR DE L'ALLERGIE

C'est à partir d'une observation clinique que je vais aborder la psychothérapie relationnelle chez l'enfant.

Johann, 16 ans a des difficultés respiratoires allergiques plus fréquentes depuis deux ans. Son histoire s'inscrit dans une relation maternelle très spécifique ; cette dernière arrête de prendre de la drogue à la naissance de sa fille alors que le père demeure un grand utilisateur d'héroïne. L'enfant passe les cinq premières années de sa vie à l'étranger, entre ses deux parents, et son développement ne semble pas poser de problèmes. A cinq ans, elle est décrite par sa mère comme autonome et dans une relation de proximité paternelle œdipienne.

La séparation entre les deux parents a lieu à cet âge. A la suite d'une prise de drogue trop importante, le père brutalise son épouse devant l'enfant. Le départ du père de la maison familiale se fait trois mois après la décision de séparation.

Pendant cette période, la mère décrit un mouvement de régression chez sa fille qui perd son autonomie et traduit un malaise dans la relation au père. De fortes crises d'asthme apparaissent, lorsque la relation ne peut être évitée. Se réfugier dans l'imaginaire est l'une des positions de fuite privilégiée de l'enfant, et les seuls moments harmonieux de leur relation sont ceux où elle lui demande de « jouer à la nounou », ce que n'apprécie privilégiée avec un homme. Les crises d'asthme, qui avaient disparu dans la relation fusionnante mère-enfant, reprennent, et l'arrivée de cet homme au foyer se traduit par une hospitalisation de l'enfant.

Cette nouvelle relation qui ne dure pas, révèle à la mère les difficultés de sa fille à se distancier d'elle. Pour faire évoluer cette situation, elle décide de prendre en garde une autre enfant, mais la présence de cette jeune fille déclenche à nouveau une crise d'asthme, suivie d'une hospitalisation. Ce projet sera donc stoppé. S'ensuit un laps de temps assez long sans crises, où la mère et l'enfant baignent à nouveau dans une relation duelle, sans troisième terme.

Deux ans se passent, le père réapparaît en France et retrouve sa fille. Il persuade sa femme de le laisser vivre au foyer, afin de s'occuper de Johann. Durant cette période de relation triangulaire, l'asthme réapparaît. Des crises importantes, peuvent être mises en parallèle avec des scènes d'agressivité paternelle, lorsque le père témoigne d'une présence par trop limitative. En dehors de ces moments, le père noue une relation dans laquelle il continue de «jouer à la nounou». Ceci pousse la mère à se séparer définitivement de son mari. Celui-ci ne quitte cependant pas le quartier, où il squatte une chambre et où il vient voir sa fille tous les jours, à la sortie de l'école.

Les retrouvailles après l'école, entre la mère, le père et sa fille, se passent mal, et déclenchent chez Johann, la tension corporelle annonciatrice des crises d'asthme. Petit à petit, cette tension corporelle envahit la journée entière.

En raison de cet état, une relaxation psychosomatique est envisagée.

La psychothérapie

Dans cette première partie de la thérapie de relaxation est abordée la problématique de l'impasse de la personnalité allergique, qui renvoie au double et à un problème d'identité. Aussi lorsque la différence amenée par l'autre se précise, on rentre en soi-même et on se défend par l'imaginaire, une position qui se rapproche du fonctionnement psychotique.

La relaxation autour de la prise de conscience du corps permet cette élaboration. Elle se fait en position assise.

Avec l'intrusion accidentelle du père par la mère dans la thérapie, on aborde la deuxième étape de la différenciation.

En effet, la mère demande à voir la thérapeute : elle réclame un certificat en vue d'expulser son mari de France, car celui-ci, dit-elle, « devient préjudiciable à la santé mentale de sa fille ». La thérapeute refuse de la voir à la place de Johann, mais organise un rendez-vous à un horaire différent pour parler de cette affaire toutes les trois. Elle ne fera pas de certificat, mais dirige son propos sur l'intérêt de trouver une solution, qui permettra à la mère, comme au père, d'être présents auprès de la jeune fille.

Le malaise de Johann face à cette séance se traduit par cette nouvelle forme de tension corporelle que le travail représentatif de la jeune fille reliera à l'ancienne crise d'asthme, alors qu'actuellement, c'est de l'angoisse qui apparaît, tout comme celle qui existe autour d'une activité onirique en relaxation dans une situation où elle se différencie de la thérapeute en décidant seule de la consigne. Dans cet espace onirique, deux objets (deux visages) deviennent angoissants du seul fait qu'ils se séparent.

Plus tard, elle traduira cette même inquiétude de séparation après des exercices choisis par elle autour de la différenciation corporelle. En rêve, en relaxation, elle voit un être bicéphale, dont les deux têtes se séparent lorsqu'un homme, son père se dirige vers elle.

C'est le passage à la situation allongée en relaxation qui va permettre d'aborder définitivement la différence.

Très vite, des mouvements sont choisis par la patiente qui aident dans la résolution de la problématique identitaire. C'est le thème du dessin 5. Dans ce dessin, le portrait qu'elle réalise d'elle se fait avec détente. « Une fois que j'ai pu réaliser la différence entre père et mère, un visage de moi émerge rapidement, exprime Johann, d'autant plus qu'il y a la thérapeute, qui est un repère, un repère pareil puis différent. Les cheveux blonds de mon portrait sont associés au pareil, le visage à l'intérieur peut de ce fait être différent. Les paupières à demi-ouvertes sont là pour montrer une demi-construction.

Une nouvelle formulation de l'impasse dans le registre hystérique formel.[i]

La structuration oedipienne fait réapparaître les crises d'asthme dans un premier temps. En fait l'imaginaire est libéré sans angoisse d'autant plus qu'on est dans l'adolescence et vient se focaliser sur le père, qui devient une difficulté indépassable. D'elle-même elle utilise alors les exercices autour du rythme corporel mais « quelque chose de profond » dit-elle « ne lui permet pas de maîtriser totalement sa difficulté ». Cette profondeur renvoi à l'impasse et à la tension. Il faut alors l'apport de la compréhension, que cette situation œdipienne est sans issue, pour permettre l'ouverture de cette relation pour qu'une angoisse nouvelle autour de l'œdipe apparaisse. Face au conflit représenté et à l'anxiété, les exercices demandés par Johann en relaxation autour du rythme corporel, aident à la maîtrise de la situation. Dans cet espace d'hystérie, un dessin représentant le conflit en train d'être dépassée permet à Johann d'expliciter cette « situation sans sortie ».

Dans ce dessin, Johann représente son père sous les traits d'un chien, elle est une jeune fille chienne. Le fait que cette création imaginaire existe dans le milieu animal, permet de prendre de la distance vis à vis d'une situation sans distance car enfermée. C'est ce que précise la jeune fille. Le père-chien a la main dans le plâtre, ce qui correspond à la réalité actuelle de la dernière bagarre du père. Ceci fait peur à la jeune fille et la relation est enfermée dans l'échec. Le jeu d'échec situé entre les deux personnages chiens est le symbole de l'impasse.

Des entrevues avec la mère et Johann ont permis de préciser la situation et de trouver une issue possible. La jeune fille verra son père, au domicile de ses grands-parents, c'est une idée du grand-père, qui est une image paternelle pour le père. Johann recevra son père en présence du grand-père. De ce fait, ce dernier soigne son image, se lave, s'habille proprement et la relation ne contient plus l'agressivité. Petit à petit un lien s'établit entre eux, dans une relation à distance : son père, dessinateur lui propose de lui apprendre à dessiner. La présence du grand-père permet la distance nécessaire pour ouvrir l'impasse et permettre à la jeune fille une évolution vers une nouvelle identité. C'est le thème de ce tableau . Sur ce dessin, Johann explique qu'elle s'est représentée dans cette jeune file qui a retrouvé son identité. Le chien offert par le père, montre son attachement à ce dernier. Sur sa robe, une impression photographique, qui est en train de se décoller. Sur cette photographie, une image d'elle enfant (A) en présence de son père (B) à peine élaborée car la représentation s'efface marquant ainsi son détachement d'une relation excessive. Le cœur brisé avec des larmes fait référence à l'impasse dans la relation paternelle qui est en train d'être dépassée. Cette photographie trop collée auparavant l'empêchait de respirer. Ceci traduit une symbolisation du conflit dans l'après-coup. Elle peut ensuite dessiner la difficulté identitaire, lors de l'impasse de l'allergie : un corps à l'envers donc différent, dont il manque une partie. L'élaboration de cette situation sans issue est au fait de la situation évolutive. On ne se réfère pas ici à une véritable situation psychonévrotique car on est confronté au problème de la pathologie et de l'impasse.

Dans cette observation clinique, il s'agit d'une problématique d'impasse identitaire autour de la différence, puis l'asthme disparu depuis quelque temps, réapparaît à l'improviste dans la confrontation à la situation d'attirance œdipienne ingérable. C'est cette organisation qui prédomine dans cette évolution thérapeutique. L'asthme répond à l'impasse par une symptomatologie du corps réel (le processus immunologique de l'allergie). Dans ce cadre de l'hystérie formelle, l'illusion est parfaite, qui provient de la coïncidence du mécanisme de production hystérique et du mécanisme immunitaire qui l'accompagne, sans s'y réduire. Aussi, le destin de l'un n'est-il pas celui de l'autre, même si parfois les deux réactions se confondent. D'où une complexité particulière de fonctionnement, qui n'est d'ailleurs pas sans rapport avec la problématique de l'impasse.

Que l'hystérie coïncide avec l'asthme est en soi le signe que l'impasse totalement allergique est évitée, mais l'allergie s'étend avec les possibilités évolutives du sujet. Possibilités qui se déploient autour d'un conflit névrotique, selon un va et vient excluant que le mouvement devienne irréversible et la situation se fige dans l'irréparable. Dans cette observation clinique, pour ce qui concerne le premier fonctionnement, celui de la personnalité allergique, l'affect est lié à la relation maternelle. Le sujet est pris dans une relation imaginaire à l'autre qui fonctionne en tant que double de la mère, ce qui donne une identité à l'allergique. Le tiers différenciateur, fonctionne en tant qu'impasse.

En ce qui concerne le fonctionnement d'hystérie formelle de l'allergie, un imaginaire œdipien est un facteur déterminant de la crise.

Le travail thérapeutique dans ce cadre tourne autour de la compréhension de l'impasse et de sa dissolution. La psychothérapie relationnelle dans ce domaine de l'enfant supporte l'évolution. L'impasse est relationnelle et tout le travail thérapeutique s'opère dans l'ouverture qu'apporte la relation et grâce à elle.

L'enfant allergique - Dunod 2000

La relaxation psychosomatique - Dunod 2003

Médecine et psychosomatique – EDK 2005

Allergie et psychosomatique – EDK 1996



[i] Hystérie formelle : fonctionnement ayant la forme de l'hystérie sans son contenu.

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